Histoire de l’eau potable
Depuis plusieurs décennies, l’eau potable coule à tous les points d’eau de nos logements en France, une évidence aujourd’hui mais une véritable révolution en matière de santé publique.
Ce luxe français d’avoir de l’eau potable partout dans nos logements a commencé lors de la modernisation de Paris au XIXème siècle, puis s’est confirmé avec les réglementations de 1992 et 2006, lois visant à garantir l’accès à l’eau potable pour tous. Ces progrès historiques ont initialement été pensés pour protéger la population des maladies et assurer une sécurité sanitaire à tous. Ce privilège unique est aujourd’hui devenu une évidence indiscutable.
Pourtant, ce modèle qui suppose que chaque usage domestique nécessite une eau potable, est à remettre en question dans un contexte de raréfaction des ressources. Faut-il vraiment utiliser de l’eau potable pour alimenter les chasses d’eau ou arroser les jardins ? L’eau faiblement polluée de nos salles de bains a-t-elle besoin de parcourir des dizaines de km pour être traitée ?
Si nous avons su à l’époque répondre aux défis de distribution et de qualité d’eau, les enjeux liés à l’eau ont évolué, et c’est de notre ressort d’adapter notre gestion et nos consommations pour relever les nouveaux défis auxquels nous faisons face, à savoir la rareté de la ressource, le stress hydrique et les situations de sécheresse.
La distinction entre eaux grises et eaux noires ouvre aujourd’hui la voie à une gestion plus raisonnée et durable de cette ressource précieuse, un moyen de répondre à nos nouvelles problématiques.
Et si l’eau se cachait sous nos pieds ?
Dans un monde où l’eau devient une ressource précieuse, repenser son usage est une nécessité. Et pourtant, chaque jour nous consommons 150L d’eau, dont la moitié pourrait être réutilisée. Toutes les eaux usées ne se valent pas, elles ont différents niveaux de pollution et nécessitent différentes méthodes de traitement. Mais une chose est sûre, elles ont toutes un grand point commun : leur potentiel est encore inexploité.
Mais alors, comment transformer ces eaux usées en ressources ?
Eaux grises vs eaux noires : comprendre la différence
Visualisez l’eau qui s’écoule de votre baignoire après un bain. L’eau qui s’écoule est trouble, chargée de savon, de shampoing et de quelques résidus organiques ; elle est « grise ». Bien qu’on n’ait pas envie de mettre les mains dans cette eau usée, elle n’est pourtant que très faiblement polluée, et nettement bien moins contaminée que l’eau des toilettes, qui elle contient des matières fécales, des agents pathogènes et des polluants bien plus tenaces.
C’est ici que se fait la distinction entre les eaux usées : d’une part les eaux grises, qui proviennent des douches, baignoires, lavabos et machines à laver, dont le niveau de pollution est faible et peut être traité facilement, et les eaux noires, qui regroupent les eaux des toilettes, riches en bactéries, virus, matières fécales et organiques. Leur traitement est plus complexe et nécessite des infrastructures plus adaptées.
Comprendre cette différence est la clé d’une gestion efficace de l’eau domestique.
Eaux grises : une mine d’or sous-exploitée
Aujourd’hui, chacune des gouttes d’eau de nos logements est potable. Douches, lavabos, éviers, machine à laver, chasse d’eau… Il n’y a pas que votre chat qui peut boire l’eau des toilettes, nous aussi nous pourrions remplir nos gourdes dans nos toilettes. Mais puisque personne ne le fait, il devenait essentiel de repenser la qualité d’eau de certains usages et de trouver le moyen de réutiliser notre eau usée faiblement polluée.
Alors qu’il n’y avait aucun cadre réglementaire, le décret du 12 juillet 2024 autorise enfin la réutilisation des eaux grises pour certains usages. Ce décret permet de donner un cadre précis de cette réutilisation : usages délimités, contrôles réguliers, il vise aussi à protéger les consommateurs et maintenir la sécurité sanitaire dont nous avons toujours bénéficié.
Les eaux qui peuvent être récupérées sont tous les types d’eaux grises, à savoir les eaux des :
- Douches
- Lavabos
- Machines à laver
- Piscines
Après un traitement qui permette d’atteindre une qualité d’eau dite A+, l’eau traitée peut être réutilisée pour tous les usages non destinés à la consommation humaine. On les appelle les eaux EICH (eaux impropres à la consommation humaine), en opposition aux eaux EDCH (eaux destinées à la consommation humaine). Ces usages comprennent : · L’arrosage des jardins et espaces verts, car nos pelouses n’ont pas besoin d’eau potable. · L’alimentation des chasses d’eau des toilettes, soit 20% de notre consommation d’eau quotidienne. · Le lavage des sols et des véhicules, car la propreté ne dépend pas de la qualité de l’eau.
Des solutions existent déjà, et leur adoption permet d’économiser jusqu’à 50% de l’eau potable d’un foyer ! Le décret du 12 juillet 2024 n’est qu’une première avancée. La réutilisation des eaux grises est essentielle pour préserver la ressource eau, limiter nos consommations et réduire le gaspillage. Il se pourrait bien que nous arrivions à une obligation d’avoir une solution de traitement des eaux grises dans nos bâtiments dans un futur proche.
Eaux noires : une ressource énergétique insoupçonnée
Plus difficiles à recycler, les eaux noires ne sont pas pour autant une cause perdue. Si elles nécessitent un traitement plus poussé, elles peuvent aussi devenir une source d’énergie :
- Les stations d’épuration modernes transforment ces eaux en eau propre, grâce à des procédés biologiques et chimiques sophistiqués.
- La méthanisation permet d’exploiter les matières organiques pour produire du biogaz, une énergie renouvelable utilisée pour le chauffage ou l’électricité.
- La phytoépuration, un procédé naturel utilisant des plantes pour filtrer et traiter les eaux usées.
Dans certains pays, les eaux noires traitées sont même réutilisées pour l’irrigation agricole ou les processus industriels, preuve qu’avec la technologie adaptée, elles ne sont pas une fatalité.
On peut notamment prendre l’exemple de Singapour, petit pays entouré d’eau salée et sans nappes phréatiques, qui a longtemps été dépendant de son pays voisin la Malaisie pour approvisionner ses 5,7 millions d’habitants en eau potable. Singapour ambitionne cependant de devenir autosuffisant, et ce grâce à l’entreprise publique New Water, qui traite et recycle les eaux noires pour la rendre potable et la redistribuer. Alors que moins d’1% de l’eau en France est réutilisée, c’est 40% des besoins de l’île qui sont fournis par l’eau des égouts. Une prouesse environnementale et technologique pour la cité-État Singapourienne.
L’eau, un enjeu majeur pour demain
Optimiser la gestion des eaux usées est une nécessité absolue face aux défis climatiques. En réutilisant nos eaux grises et en valorisant nos eaux noires, nous parviendrons à réduire notre consommation d’eau potable et limiter notre impact environnemental. En voyant plus loin, réutiliser nos eaux grises permet aussi de répondre à d’autres problématiques. Si un bâtiment possède une solution de traitement des eaux grises, alors les espaces verts de la parcelle voire de la ville pourrons être arrosés toute l’année, sans restriction. Cela signifie un niveau d’hygrométrie des sols stable et maintenu, et donc une baisse des inondations, des fissures dans les immeubles, un meilleur remplissage des nappes phréatiques et une récupération des eaux de pluie optimisée. En bref, réutiliser les eaux grises ce n’est pas qu’une histoire de recyclage de l’eau, c’est une réelle réponse à nos problèmes de sécheresses globaux actuels.
Mais des obstacles subsistent :
- Les réglementations strictes, qui freinent encore l’implantation de solutions de réutilisation.
- Le coût des infrastructures, encore élevé pour certains foyers ou collectivités.
- L’acceptabilité sociale, car la réutilisation des eaux usées reste taboue pour une partie de la population.
Pourtant, la prise de conscience grandit et les innovations technologiques se multiplient. En intégrant ces solutions dans nos bâtiments et nos villes, nous pourrions faire de la gestion de l’eau un modèle circulaire, bénéfique pour tous.
L’eau est une ressource trop précieuse pour être gaspillée. Et si nous changions notre regard sur les eaux usées pour en faire une richesse ?
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Chaque établissement est unique, et vos besoins le sont tout autant. C’est pourquoi nous proposons des solutions sur-mesure, adaptées à vos contraintes techniques, à vos volumes d’eau, et à vos usages spécifiques. Que ce soit pour un hôtel, un immeuble résidentiel ou un centre sportif, nous concevons avec vous la solution la plus pertinente, pour une gestion de l’eau durable, efficace… et personnalisée.